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Le cinéma à l’épreuve de l’algorithme roi : exercice de prospective

17/3/2026

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Hollywood 3.0 est en marche, poussé par une équation budgétaire devenue insoluble face à la guerre de l'attention. Si l'IA promet une efficacité créative stupéfiante, elle porte en elle le germe d'une déconstruction totale de la culture du plateau. Cet article tente de dessiner les contours d'une industrie disruptée, de la fiction « liquide » à la baisse des budgets. À partir des tendances actuelles, projetons nous dans un futur où le spectateur, devenu visiteur déambulant au cœur de l'image, habitera des univers aux stars dématérialisées.
​Le réalisateur Darren Aronosky, auteur de Black Swan et Requiem for a dream, s’est lancé en 2025 dans une web série, 1776, totalement générée par l’IA. Le résultat n’est pas encore totalement abouti mais, depuis, la technologie a encore progressé. Chacun a pu voir sur le net quelques vidéos d’amateur produites en quelques minutes et qui peuvent rivaliser avec les productions coûteuses d’Hollywood. Le résultat des modèles d'IA générative vidéo (LVM) comme King 3.0 ou Seedance 2.0 est, il est vrai, stupéfiant. Le septième art traverse une zone de turbulences qui touche à son ontologie même.
Le cinéma a toujours été une industrie de l'anomalie : produire des prototypes de luxe. Depuis plus d'un siècle, il repose sur le geste de l’artisan sacralisé par l’artiste : une noblesse du geste physique où la valeur d'une image est proportionnelle à la difficulté de sa capture. Walter Benjamin l’a théorisé dans son concept d’Aura, qu’il attache à l'authenticité de l'œuvre et à son « ici et maintenant ». C’est l’ère de l’incarnation, celle d’un acteur qui transpire, d’un chef opérateur guettant l’heure bleue pour saisir une lumière fugitive. Dans cet ancien monde, réaliser, c'est se battre contre le réel pour en extraire une vérité par la reproduction. L’IA, elle, marque une rupture ontologique : elle ne reproduit plus la réalité, elle en calcule une simulation statistique, désincarnée et sans mémoire.
Mais cet héritage fragile de l’artisanat se retrouve aujourd’hui pris dans une pression extrême. Chaque film est une pièce unique, coûtant des dizaines de millions de dollars (plus de 200 M$ pour certains blockbusters), lancée sur un marché de plus en plus saturé. Aujourd'hui, cette industrie de "haute couture" percute de plein fouet la guerre de l'attention. Face aux formats courts de TikTok ou à l'interactivité des jeux vidéo, le cinéma doit justifier son coût et le temps de cerveau disponible qu’il revendique.
L'IA n'est pas l'ennemie, elle s’avère la réponse (brutale) à une équation budgétaire devenue insoluble.  Hollywood voit l’arrivée de l’IA générative comme une opportunité d’efficacité. Mais elle pourrait donc bien détruire ce qui constitue le socle culturel de cette industrie. Et quand on touche à la culture d’une entreprise, on rentre dans une zone de turbulence dangereuse.
Essayons pourtant l’exercice prospectif sur ce changement de paradigme économique et existentiel de l’industrie du cinéma.

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    Docteur en sciences de l'information et de la comunication, Laurent Darmon est le Directeur de l'Innovation de l'une des dix premières banques du monde

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