Le dataïsme considère que l’univers répond à des règles de traitement de l’information que la science extrait progressivement, au fil de ses progrès. Les mathématiques permettent ainsi de parler un langage commun entre les disciplines en traduisant les évènements en données traitées. La tendance universitaire est à l’interdisciplinarité qui cherche à utiliser les apports d’une expertise dans d’autres domaines. Les sciences sociales et économiques s’attachent à se rationnaliser par des études statistiques, tandis que le digital fait tomber les murs entre les métiers. Ce n’est que le prolongement de l’intuition posée par Descartes, que tout phénomène doit pouvoir s’expliquer par des « lois » mathématiques.
L’approche dataïste s’avère un outil puissant pour comprendre le monde et interagir avec lui de façon proactive. C’est donc une philosophie particulièrement adaptée pour l’homme qui ne peut plus s’appuyer sur le religieux et qui a perçu les limites de l’humanisme depuis trois siècles. Comme pour ces paradigmes, le dataïsme nous met face à une transcendance : l’être humain est un pion au milieu d’un écosystème bien plus large que ce qu’il peut appréhender naturellement. Platon distinguait déjà dans La République le Visible du monde des hommes (dans la caverne) et de la Vérité du monde des idées (à la lumière du soleil). Thomas d’Aquin formalise dès le XIIIe siècle comment foi et raison peuvent s’intégrer en les faisant cohabiter à deux niveaux différents : les choses sont réelles ou non, tandis que ce qu’on dit est conforme ou non à la volonté de Dieu. Lorsque la pensée scientifique a commencé à s’imposer, cela a permis de négocier les incohérences entre la réalité du monde humain et la foi du religieux. Le dataïsme suit la même voie de replacer la réalité des hommes dans un univers plus large qui ne nous est pas directement accessible, car se définissant à un autre niveau, celui de l’information et de son traitement. Les lois de la physique, la biologie et la chimie n’ont pas attendu l’apparition d’homo sapiens pour définir le fonctionnement de l’univers. Il y a donc là-aussi une vérité du monde dépassant la réalité des humains. La vérité transcende le réel. Pour le dataïste, si l’information apparait désormais au centre du fonctionnement de nos sociétés, ce n’est que le résultat d’un processus en cours depuis longtemps : le monde actuel n’est que le nouveau chapitre d’une histoire où l’information a toujours été au cœur de l’histoire de l’homme. C’est l’hypothèse justement développée par l’historien Yuval Noah Harari d’abord dans son ouvrage Sapiens, puis dans Homo Deus où il cherche à identifier les tendances de demain à partir des logiques sociétales à l’œuvre aujourd'hui et hier : « Dans une perspective dataïste, nous pouvons interpréter l'espèce humaine tout entière comme un seul système de traitement de données, dont les individus seraient les puces. L'histoire serait alors le processus qui vise à améliorer l'efficacité de ce système ».
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AuthorDocteur en sciences de l'information et de la comunication, Laurent Darmon est le Directeur de l'Innovation de l'une des dix premières banques du monde Archives
Janvier 2026
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